Bernardin sans doute, David peut-être...

Bernardin Kingue-Matam : sous le maillot camerounais à Pékin cette année, avec les couleurs de la France à Londres en 2012 ?
La Française, le club d'haltérophilie de Besançon, s'apprête à vibrer cet été. Le jeune Bernardin Kingue-Matam a toutes les chances de représenter le Cameroun aux JO de Pékin. Son illustre frère, David-Hercule, fera le voyage en Chine mais n'est "que" remplaçant dans la délégation tricolore.
Le cliché serait d'évoquer un passage de témoin, d'interpréter la situation actuelle comme un signe fort, une génération qui se retire pour laisser place à la relève. Il y a un peu de cela, certes, mais enterrer prématurément les vieux lions peut s'avérer risqué... David-Hercule Matam-Matam, figure de proue du club de la Française de Besançon, ira bel et bien à Pékin. Mais, remplaçant seulement, l'aîné de la fratrie ne sera pas amené à défendre les couleurs tricolores, sauf blessure d'un des trois haltérophiles titulaires. Pour lui néanmoins, les stages de préparation s'enchaînent au cas où, avec en prime un match international prévu prochainement en Allemagne.
A 33 ans, Matam-Matam pouvait raisonnablement prétendre aux Jeux, mais une blessure est venue pourrir cette magnifique perspective. Depuis janvier, l'athlète se plaignait de douleurs au dos. Les voyants passèrent au rouge, mais personne ne s'en est ému à temps. "J'ai travaillé sur une hernie discale sans le savoir, rage encore David-Hercule, j'avais hyper mal, je souffrais, j'ai tiré aux Championnats de France quand même, mais mes habitudes d'entraînement descendaient à zéro. Certains pouvaient penser que c'était du cinéma, alors j'ai eu l'ostéopathe, les anti-inflammatoires, mais ça ne passait pas". Lorsque l'hernie fut diagnostiquée, le mal était fait, et le timing mauvais : les Championnats d'Europe, faisant office de qualifications pour les Jeux, déboulaient dans l'agenda ! Que faire ? Les disputer, tout simplement, même sous infiltration. "J'étais très diminué, je n'ai pas pu tirer comme le David que je suis", assure le Bisontin. Depuis, la douleur s'est estompée et la fédération, consciente de son potentiel, lui a confié ce rôle de remplaçant de luxe.
Mais le destin, à grand renfort de clins d'oeil, emprunte souvent des chemins amusants. De remplaçant, David se muera sûrement en coach personnel du petit frère Bernardin, fortement pressenti pour honorer la seule place allouée au Cameroun sur les plateaux chinois. Un quota décroché, justement, suite aux performances du jeune haltérophile bisontin lors des championnats d'Afrique... Sportivement, logiquement, il sera l'élu. Tout cela, cependant, reste encore au conditionnel. Des "magouilles" orchestrés depuis le pays par quelques athlètes jaloux viennent en effet boucher les tuyaux. "Il nous faudrait presque envoyer une valise de billets pour assurer le coup, mais ce n'est pas notre philosophie", déplore l'entraîneur de la Française Didier Boiston. Bernardin se veut lui aussi optimiste : "Je suis confiant. J'ai été le meilleur et je sais que j'ai largement mérité ma place". Le verdict sera rendu par le comité olympique camerounais début juillet.
Le jeune Kingue-Matam se glisse ainsi, à 18 ans à peine, dans la même trajectoire étoilée que son frère, 14e aux J.O. d'Athènes en 2004. Avec, à relativement court terme, une même envie de naturalisation française. Dernier détail : la fédération tricolore a demandé à David un ultime service, décrocher en 2009 un visa pour les JO de 2012 à Londres. Un ticket dont pourrait en théorie profiter Bernardin... Le lion n'est pas mort et le jeune loup gambade dans ses traces.